Milhaud, Les Choëphores.

L'Orestie d'Eschyle
De grote afwezige in Les Choëphores is Agamemnon, omdat hij is vermoord. Agamemnon was getrouwd met Klytaimnestra. Bij de Trojaanse Oorlog was was hij legeraanvoerder. Tijdens zijn jarenlange afwezigheid tijdens de oorlog begon Klytaimnestra een relatie met Aigisthos. Toen Agamemnon als overwinnaar terugkwam van Troje vermoordde Aigisthos hem in bad. Een ander verhaal suggereert dat Aigisthos Klytaimnestra overhaalt Agamemnon te vermoorden in datzelfde bad. Agamemnon en Klytaimnestra hadden vier kinderen. Twee daarvan, Elektra en Orestes wreekten hun vader door hun moeder en haar minnaar te vermoorden..
 
   
I. Vocifération funèbre
LE CHŒUR:
On m’envoie et je viens de la maison
portant ces vases en pompe
et rythmant mon pas de coups rapides!
Sur mes joues éclate en rouge
La trace fraîche de mes ongles.
Mon cœur se nourrit de lamentations
Et le cri de l’étoffe arrachée avec un rire déchirant
Répond au roullement de mes deux mains qui tapent!
Un irrésistible esprit qui met le crin tout droit,
C’est lui divinateur de la maison dans les songes
Sous le sommeil soufflant le désespoir,
Qui dans dans le quartier des femmes
Tout à coup du fond de la nuit sans heures
A fait entendre cette clameur épouvantable.
Et les experts selon ce dieu qui les a commis
Interprétèrent l’indignation
d’une âme sous la terre
soulevée contre ses meurtriers.
Oui, tel est, ô terre mere,
l’office propitiatoire de grâce à contre grâce
où me délègue cette femme impie
Mais j’ai peur de la parole que j’ai à dire.
Qu’y a-t-il qui soit du sang répandu le purificatoire?
O très misérable maison sans dessus dessous,
Des Ténèbres sans aucun soleil,
Une ombre hostile à la vie,
Enveloppent la maison dont les maîtres sont morts.
La vielle majesté incontestée, invincible, inexpugnable,
Qui par les oreilles s’ouvre le cœur,
La voice caduque!
Et pourtant on a peur!
La chance, c’est un dieu chez les mortels
Et plus qu’un dieu
Et pourtant la justice en haut plane et veille
Qui sur les uns tombe en plein jour à pic
Et pour les autres l’heure du soir les attend,
Laissant le temps au compte de s’accroitre,
Et pour les autres voici,
Avant que rien soit arrivé, la Nuit.
Quand le sang a pénétré la terre nourricière,
Il appelle vengeance et fige
Et ne s’écoule pas,
Un poison subtil pénètre le coupable,
Récidive inépuisable de maux
Quand la chambre virginale est forcée, nul remède.
Tous les chemins divergeant de la route unique
ne peuvent suffire à rendre la main qui a tué, pure.
Pour moi, puisque des demeures paternelles
les dieux avec tout mon pays m’ont réduite à la servitude,
juste, injuste, à tour de que ceux-la veulent,
qui ont à eux ma vie par violence, je dis oui,
maitrisant l’amère haine de mon cœur;
Mais je pleure sous mes voiles
En ce sort bizarre des maîtres
Pour celle-ci que glace une douleur cachée.
I. Vocifération funèbre
CHORUS
I have come from the house,
sent forth with libations,
striking myself as I walk.
My nails leave bloody
trails upon my face.
My heart feeds itself on lamentations.
I tear at my robes and their shriek
answers the drumbeat of my hands.
A truthful spirit who makes the hair stand on end,
An interpreter of dreams for the house,
breathes out anger over those who are sleeping.
And in the women’s quarters,
in the hourless depths of the night,
The dreadful clamor can be heard.
And the dream interpreters,
as their god directed,
interpreted the outrage
As that of a soul beneath the earth rising against its murderers.
Yes, such is the task of propitiation,
a graceless grace, Oh Mother Earth,
with which this impious woman charges me.
But I fear what I have to say:
Who can purify blood that has been spilled?
Oh miserable house, overturned!
Darkness without any light,
a shadow hateful to life,
overwhelms a house whose master is dead.
The old respect—uncontestable, irresistible, invincible—
Which passes through the ears and touches the heart,
Can no longer speak.
But the fear still remains.
Success is a god among mortals,
And more than a god.
Yet Justice hovers above, ever watchful.
It overtakes some in the light of day, while for others, it waits until the
night to find them,
leaving time for the penalty to accrue.
And for others,
still, Night arrives before anything has happened.
Once blood has seeped into the nourishing earth,
it demands revenge. It congeals and cannot dissolve.
An invisible illness permeates the guilty man,
An endless repetition of evils.
Just as there is no remedy,
when the virginal chamber has been violated.
All of the different ways that depart from the one road are not enough to
purify a hand that is stained with bloodshed.
Since the gods have reduced
my ancestral home and my entire country to servitude,
I yield to those who hold violent sway over my life.
Whatever they want—just or not—I go along with their wishes and I
conquer the bitter hatred in my heart.
But, beneath my veil, suffering too
from the unexpected fate of my master, I weep
for Electra, frozen by her hidden grief.
2. Libation (soprano, coro)                                                                                                                 Allez, mes larmes, goutte à goutte,
Jusqu’à l’homme enseveli, vous perdre,
Jusqu’à ce rampart où le bien et mal s’arrêtent,
L’affreux seuil d’où la prière
Se retourne en frémissant.
Descendez, eaux répandues,
Et toi, écoute-moi, écoute, majestée,
O maître, écoute, cœur aveugle.
Vienne l’homme d’armes,
L’Arès libérateur,
Qui brandisse le cimeterre scythique
Et le fer bien dans la main
Dont on se sert de tout près.
 
3. Incantation (Coro, Oreste, Elettra)                                                                                                    O vous, grandes Parques de par Zeus!
Prêtez la main à cette entreprise à quoi la Justice accède
A la langue perfide réponde la langue perfide,
Crie la Justice qui sait se faire payer ce qui est dû.
Coup pour coup, sang pour sang,
Méchef au mailfaisant,
Ainsi le veut le dicton trois fois antique.
ORESTE:
Père, mon père terrible,
Que dire? Que faire?
Quel signal dans la nuit t’atteigne en ce lieu
Où sont mouillées tes ancres?
Le jour et les ténèbres,
Un tel obstacle notre double amour,
Obstrue la louange funèbre coutumière à notre maison.
LE CHŒUR:
La volonté des défunts, ô mon enfant,
Elle même, la gueule vorace du bûcher
N’en viendra pas à bout,
Et leur colère attend l’heure.
Appelle avec insistence,
Surmonte sa résistance.
Vers le père qui t’engendra
L’appel du fils qui va
Fouille et brasse les deux mondes.
ELECTRE:
Père, en parties qui se répondent,
Entends notre voix deplorable,
La thrène à deux voix sur la tombe
Des enfants qui te redemandent,
Fugitifs, suppliants,
Tu les accueilles, indifférent.
Point d’éspoir! Point de secours!
Et ce rampart toujours sourd
A l’effort trois fois essayé.
LE CHŒUR:
Pourtant il est un qui sait
La voie, s’il le veut, à des accents plus heureux,
Au lieu du thrène tumulaire,
Le cri là-haut sur la tour
Qui célèbre le retour.
ORESTE:
Plût aux dieux qu’aux plaines troyennes
La lance Lycienne, ô père,
T’eût fait mordre la poussière.
Tu nous laissais à nous la gloire,
Et là-bas au de-là des mers
Une grande montagne de terre,
Ilion et toi, tout ensemble.
LE CHŒUR:
Bienvenu, bienheureux alors,
Tu descendrais entre les morts,
Ces braves qui t’ont précédé,
Grand roi de majésté,
Le premier de cette troupe qui sert les Puissances sous terre, là-bas.
Comme tu étais ici même
Roi entre ceux qui sont supêmes,
Bergers des foules humaines.
ELECTRE:
Mais non, ne souhaitons pas que tu sois tombé devant Troie
Et que tu dormes enseveli au bord du fleuve ennemi,
C’est plutôt à tes assassins,
Père, que revenait le sort
De ceux dont on apprend la mort
Comme une chose qui est bien.
LE CHŒUR:
Ces souhaits, ô ma fille, passent l’or!
Ils sont plus grands que la fortune,
Plus que tout le bonheur des Hyperboréens.
Parle donc! Tu le peux,
déjà, de notre double fouet.
Ce claquement commence à se faire sentir,
Déjà vous vous êtes gagné une oreille sous la terre
Et les mains de vos tyrans, ces infâmes, ne sont pas pures,
Et c’est vous deux, enfin qui êtes les enfants.
ORESTE:
Ah! Ce cri a pénétré mon âme comme un trait,
Jupiter qui compte à la fin son salaire
A la main bonne à tout faire
Et le règles avec intérêts.
LE CHŒUR:
Que ce bonheur me soit accordé
de pousser la vociferation à perdre d’haleine
sur le corps de l’homme et de la femme exécutés,
Comment cacherai-je ma haine?
La voici qui déploie sa voilure
Et sous sa proue furibonde l’amère écume rejaillit.
ELECTRE:
Iou! Iou! Qui? Qui?
O! Zeus! frappant de ses deux mains à la fois,
Qui s’en va leur fender le crâne?
Justice pour le pays!
Justice dans l’injustice!
Entendez-vous, ô terre, et vous, puissances souterraines?
LE CHŒUR:
C’est la loi, en effet, que les gouttes de sang aspergeant la terre
amorcent encore d’autre sang.
Les Erinyes béantes,
Par dessus les premiers cadavres,
Exigent un second tour de l’abattoir.
ORESTE:
Où? Où vous chercher, principautés infernales,
Toutes puissantes exécrations des morts?
Voyez, voyez ces restes désarmés des Atrides,
Déchus, dépossédés, où se tourner, ô Zeus?
LE CHŒUR:
J’entends et mon âme à ces cris tremble!
Et tantôt mon cœur désespéré tourne noir,
Et tantôt mon audace épousant la tienne me fait reparaître le ciel.
ELECTRE:
Que dire de plus?
De quelles souffrances sommes-nous redevables à nos parents?
Elle n’oublie pas, lors même
Qu’on lui fait faire le chien couchant.
C’est la louve qui de sa mère même
A pris son humeur féroce.
LE CHŒUR:
N’ai-je pas bien battu ce ban funèbre
Comme une vraie Asiatique,
hurlant la mort, frappant, tapant,
et mes deux poings roulant à coups redoublés,
tapant haut, tapant bas,
jusqu’à la meurtrissure,
jusqu’à ce que ma tête bourdonne comme un tambour.
ELECTRE:
Fi! Fi! Mère scélérate, ton roi, ton époux,
Tu as osé le faire enfouir comme un chien,
Sans rite, sans cortège.
ORESTE:
Quoi, sans aucun honneur?
ELECTRE:
Tu l’as dit.
ORESTE:
O père! Et on ne lui fera pas payer cette infamie?
Oui, de par tous les dieux!
Oui, et de mes propres mains,
Que je meure, pourvu que je tue!
LE CHŒUR:
Et sais-tu bien qu’elle lui a coupé les bras
Afin que du fond de la terre
Il ne puisse les tendre à son fils.
Est-ce-qu’il entend l’outrage que l’on a fait à son père?
ELECTRE:
Tu as dit ce qu’on lui a fait,
Et moi j’étais mise de côté,
Abjecte, méprisée, chassée du feu
Ainsi que le chien importun,
Je répondais par des larmes à leurs rires
Qui couvraient mes plaintes.
Ecoute et écris cela dans ton cœur.
LE CHŒUR:
Ecris et que ceci par tes oreilles pénètre
Jusqu’au fondement tranquille de ta pensée
Voici ce qui c’est passé,
Le reste, la colère te l’apprendra.
Il te faut garder tout ton cœur pour le combat qui s’apprête.
ORESTE:
C’est toi que je dis,
Père, aide tes enfants.
LE CHŒUR:
Et moi pleurant j’ajoute ma voix à la sienne.
Et toute cette troupe aussi crie vers toi,
Entends nous, viens à la lumière,
Sois contre nos enemis avec nous.
ORESTE:
Arès contre Arès,
Justice contre la Justice.
ELECTRE:
Justice, ô dieux, à ce qui est juste.
LE CHŒUR:
J’écoute et la terreur me possède au dedans,
La destinée qui tarde arrive cependant.
ELECTRE ET LE CHŒUR:
O misère invétérée,
O plaie sanglante d’Atré,
Race ennemie de la grâce,
Douleurs lourdes et dures,
Maux sans termes ni mesure,
Le remède est à chercher,
Non point chez les étrangers,
Non point dehors mais dedans,
Par le feu et par le sang.
 
4. Présages (Recitante, coro)

UNE CHOEPHORE:

[5] Que de fois la terre a enfanté la terreur
et les bras de la mer sont pleins de choses à faire dégout
et l’espace pullule d’étranges lueurs
et nommerai-je tout ce que vole et qui rampe
et ces souffles comme animés par le mal.
Mais qui dira jusqu’où va la passion téméraire de l’homme
et cette frénésie au cœur de la femme,
l’amour associée à la perdition,
l’éros femelle impatient du joug et de la famille
qui est plus fort que la vie et que l’enfer.
Sache, comprends dans ta pensée
la misérable Thestiade
et l’usage qu’elle fit pour la mort de son enfant
de la prophétie enflamée,
ce tison rouge qu’elle mit au feu,
à quoi tenait la vie son fils.
Propose l’autre à ta haine la funèbre Scyla,
séduite par l’or de Minos,
tua pour le plaisir d’un ennemi,
son ami coupant de sa tête la mêche d’immortalité,
la chienne,
pendant qu’il respirait en paix dans le sommeil
Hermès le prend.
Mais toutes ces horreurs ne vont point au faite
c’est contre infâme Hymen que l’on prie!
Tu vas à pas de femme contre un homme,
Tu prends des mœurs d’ici,
cette maison femelle sans feu sur le foyer.
Mettons au premier rang l’histoire de Lemnos,
car chaque fois qu’on parle d’une abomination, c’est toujours
Le “crime de Lemnos”!
Tant les dieux le détestent et la race périt ignoblement
Sont-ce pas là exemples bien choisis?
L’épée approche de la poitrine
et sa pointe perçante pénêtre.
Justice!
Le sol que foulé le pied inique
Est assez large pour que la justice y place son enclume
et le destin y forge le fer.
Entre, enfant, voici pour l’accueillir l’Abominable,
la profonde Érinyes de ces meurtres
dont la voix ancienne fait entendre.

 
5. Exhortation (Recitante, coro)

UNE CHOEPHORE:

[6] Je te supplie, ô toi, le Père Zeus, de tous les olympiens
mesures, maître, à la maison ta règle que nous désirons.
Prends-le, ô Zeus, en ta garde.
Hé! Hé! Préfère à tes ennemis,
ô père, celui qui franchit ce seuil
Car si tu le magnifies, ô toi
voici pour un, deux et trois
Vois ce poulain de l’homme qui t’était cher
attelé au char de la peine –
et qui garderait dans une course le rythme –
Quand il a le terrain devant lui
qu’avalent ses dernières foulées
Et vous qui intérieurement peuplez un asile opulent
Entendez-vous! Dieux bienveillants!
Faites que le passé soit par le sang expié
Mais que le crime cesse d’enfanter
Et fais que tous les saints ancêtres,
O gardien du grand Portail,
ils aient qui s’offre à leurs yeux satisfaits
la maison réhabilitée
Et j’appelle ton renfort, fils de Maïa
puisqu’il n’y a vent plus facile vers le port
Souvent quand il le veut
il fait lumière de ce qui est caché,
Mais si c’est la parole d’invisibilité qu’il profère
Le mystère et la nuit couvrent les yeux
et le jour ne la rend pas plus clair.
Pleureuses que de toutes nos voix ensemble
se lève l’hymne libérateur,
vent de salut, lève-toi,
te voici, te voici, te voici ma joie!
le malheur, amis, nous quitte.
Prends cœur, fais ton devoir!
Si elle crie “Mon fils”
réponds: “Mon père”
Fais le crime irréprochable!
Pensée dans ton sein,
Prends un tel cœur!
pour tes amis dessous la terre,
pour ceus d’ici, fais ton devoir.
Sois par amour épouvante,
Engloutis en toi la malédiction,
tue le coupable!

 
6. La Justice et la Lumiére (Coro)

Elle est venue aux Priamides en son temps,
la Justice, la lourde Justice
Il est venu en son temps à la demeure d’Agamemnon,
le lion double, l’Arès double.
criant “Tue” et “sans pitié.”
Il est venu de Pytho
le Fugitif drossé par la rafale de tous les dieux.
Pousse l’ololoho, la maison est sauvée,
Ololoho, les mangeurs de terre,
Ololoho! mangent la terre tous les deux.
Elle est venue la conductrice à pas sourds
de l’assassinat par la ruse,
Elle a touché l’heure venue de ce duel,
la bien nomée par nous,
Dika, justice, la fille de Dieu
dont la colère à ses ennemis souffle la mort.
Pousse l’ololoho, la maison est sauvée,
Ololoho, les mangeurs de terre,
Ololoho! mangent à leur tour.
C’est elle que Loxias le Parnassien,
qui habite une grande caverne dans le sein de la terre,
Tard,
Tardive,
conduit jusques aux criminels,
car cette loi s’impose aux dieux
qu’ils ne peuvent secourir les méchants,
Vénérons le grand céleste
Parais, lumière, te voici!
Je suis de ce grand frein délivrée
qui opprimait la maison.
Debout, mon peuple, trop longtemps, tu dormis
la face contre terre.
Le temps bientôt qui toutes choses restitue
promènera sur vos seuils
la purification et les hymnes.
Assez d’affreux spectacles et de cris.
Tout prend un visage nouveau.
Parais, lumière, te voici!

 
7. Conclusion (Recitante, coro). UNE CHOEPHORE:
[8] Ainsi sur le palais de nos Rois
souffle et passe une troisième tempête.
Premier, le massacre des enfants
et l’amère douleur de Thyeste.
Second, La Passion Royale,
La mort de l’homme dans son bain,
le Roi des grecs.
Troisième, à présent nous arrive,
Le sauveur, dirai-je, ou le destructeur.
Où cessera la colère du ciel?
Où ce terme que le calme y recommence?
Où? Où? Où?